Oct 1 2025
Royal Albert Hall
with London Contemporary Orchestra, The Choir of Cardinal Vaughan Schola Cantorum and Organist Andrew Forbes
London, United Kingdom
Oct 1 2025
SET 1
- Blóðberg
- Ekki múkk
- Fljótavík
- 8
- Von (live)
- Andvari
- Starálfur
- Dauðalogn
- Varðeldur
SET 2
- Untitled #1 – Vaka
- Untitled #3 – Samskeyti
- Ylur
- Skel
- All alright
- Untitled #5 – Álafoss
- Sé lest
- Ára bátur
- Hoppípolla
- Avalon

REVIEWS
Write a reviewProbably the best musical experience of my life so far. My first time at the Royal Albert Hall and only my second time seeing Sigur Ros (20+ years ago).
The venue, the band, the orchestra, the choir and that organ! Was in tears from the first bar and positively sobbing by the end.
Thank you – this is what heaven must sound like.
Your music blew me away. What a night! I’ve been to countless gigs over the years, some good some not so good. You reach heights that no other band can. Thank you xx
Thank you for playing Ára Bátur, it is my favourite track and I never thought I’d get to hear it live. It was all I dreamed of and more.
I’m struggling to find the words after seeing my favourite Ara Batur performed for only the second every time. It was a masterpiece I could barely contain my tears at the beauty of it, you are musical genius. The whole show was outstanding nothing will ever top it for me. I couldn’t take my eyes off the performance to take pictures
The Royal Albert Hall was the perfect venue for this beautiful concert. The band, orchestra and choir blended brilliantly. The sound was perfect too and it was a joy to hear the individual instruments shine. Please issue one of the dates on this special tour be issued as a CD/DVD package so that fans can relive this lovely show.
What a beautiful evening!
Every second was a spine tingling experience, building and adding layers to each song.
This was the fourth time we had seen Sigur Ros but this just topped everything. The magnificent pipe organ and choir towards the end, literally brought tears to my eyes!
Thanks to everyone who participated in one of the musical highlights of the year!
https://www.instagram.com/p/DPS55k1grsP2lR8Ppv-N-PvlXDaOPJOTCMVydE0/?igsh=MWl3aGZtaDRmaTh2MQ==
Takk Fyrir 🙏🏻
I cried during Ára bátur! It was simply beautiful beyond words x
It’s taken a day to take in what we experienced. What joy, sadness and euphoria. What a privilege.
I have been to countless concerts and gigs through the years (including Sigur Ros); many memorable, extraordinary, uplifting and awesome. This was beyond compare, and the greatest musical experience of my 63 years.
Thank you.
I came all the way from Edinburgh just for this concert. I’ve loved Sigur Rós since I was fifteen — it’s been ten years now. Hoppípolla is my favorite song, and I’m so happy I got to hear it live. Thank you so much! Takk!
我从爱丁堡赶来就只为了这个演出。Sigur Rós伴随了我的青春,现在已经十年了。Hoppípolla是我最喜欢的歌,很高兴能听到它,谢谢你们!Takk!
I feel so blessed that I got to experience this. Beyond words.
As the quote from Dead Poets Society goes : We don’t read and write poetry because it’s cute. We read and write poetry because we are members of the human race. And the human race is filled with passion. And medicine, law, business, engineering, these are noble pursuits and necessary to sustain life. But poetry, beauty, romance, love, these are what we stay alive for.” It always annoyed me that music is not explicitly mentioned as what we stay alive for, but the transcendence that was this concert- and especially Ára Bátur – this is what I stay alive for. Thank you so much to everyone involved for the soul sustenance in these crazy times. I could not appreciate you all more. Talk
Ára Bátur was the most incredible musical moment I think I will ever experience in my life. It was also such a wonderful surprise as it was a song I never thought in a million years that I’d never see live. People around me who didn’t know it were having a quiet cry afterwards and everyone was talking about it outside. Thank you for the most amazing memories, the entire night was wonderful. The orchestra and the kids were incredible and you guys were on the top of your game!
Parfois, quand je lis les commentaires des gens qui sortent d’un concert de Sigur Rós, j’ai l’impression d’assister à une séance de groupe pour âmes égarées. Souvent, ils pleurent. Pas des larmes chics, calibrées pour les stories, non — des larmes de décompression. Ils écrivent comme on se confesse, maladroitement, entre deux sanglots et une hésitation sur une phrase. Ils disent qu’ils ont pleuré, qu’ils se sont sentis soulagés, qu’ils ne savent pas pourquoi — comme si le pourquoi avait encore la moindre importance, là où tout, justement, redevient possible.
Et moi, je les crois. Pas par naïveté, mais parce qu’il faut bien un endroit où l’on puisse pleurer sans qu’un psy ou une application de méditation vienne expliquer ce que ça signifie. Parce qu’il faut bien qu’il existe encore des moments où l’émotion n’est pas un symptôme, des moments qui se passent d’explications. La musique de Sigur Rós n’élève pas, elle décolle. Elle n’apaise pas, elle transperce. Ce n’est pas une musique qui console, mais une musique qui absout, et c’est encore plus rare. Elle vous laisse sur le bord du vide, et soudain vous comprenez que tomber n’est pas si grave, puisque tout — la honte, la douleur, la fatigue, la pesanteur du monde — se dissout dans une lumière qui ne promet rien, mais offre tout.
La gravité a rendu son tablier. Newton, quelque part, doit en rire doucement, la pomme suspendue au-dessus de sa tête, désobéissante. Ce soir-là, les lois de la physique ont fait une pause poétique.
C’est tout dire de la musique de Sigur Rós. Elle vous rend léger, sans vous mentir sur le poids du monde.
Je suis fan du groupe depuis plus d’un quart de siècle — ce qui, dans le calendrier d’un cœur humain, équivaut à plusieurs guerres, trois dépressions, quelques réconciliations, une poignée d’amours plus ou moins recyclables, et l’amour d’une vie . C’est long, un quart de siècle, surtout quand on s’en sert pour se construire une bande-son intérieure. Et pourtant, Sigur Rós a toujours été là, comme un vieux chien fidèle qu’on ne mérite plus mais qui continue de venir se coucher au pied du lit quand tout fout le camp.
Je me rappelle de moments où leur musique m’a tenu lieu de pansement, de respiration artificielle, de murmure entre deux chutes. Quand le cœur flanchait ou que la tête menaçait de rompre sous le poids de ses propres pensées, de nombreuses fois ce sont eux qui prenaient le relais. Ils avaient le bon goût de ne pas juger. Ils ne demandaient pas d’explication, ne réclamaient pas de motif de tristesse. Ils posaient simplement des accords là où les mots ne passaient plus. Il n’y a pas plus bienveillant qu’un groupe qu’on aime : ces gens semblent avoir compris qu’il y a des hivers en chacun de nous, et qu’il ne sert à rien d’en parler tant qu’on n’a pas laissé la neige tomber.
Je me souviens aussi des moments où seule leur musique comptait, sans que j’y injecte mes angoisses ni mes justifications d’adulte égaré. Ces instants de pure écoute, rares comme un silence dans une grande surface, ces instants où la musique existe pour elle-même, comme une respiration cosmique qui se moque de savoir qui l’entend. C’est peut-être ça, l’expérience la plus proche de la foi : écouter sans besoin de comprendre.
Il y a alors des souvenirs précis, les ancrages temporels. Le jour où j’ai découvert le clip de Glósóli sur Vimeo — ce n’était même pas YouTube encore, c’était l’époque où l’on croyait que l’internet allait sauver la poésie. J’ai vu ces enfants courir vers la falaise et s’envoler, et j’ai compris que certaines métaphores méritaient de s’envoler. Puis il y a eu, un jour de l’été 2008, Ara Batur. Ces premières notes incertaines, comme si le monde cherchait encore sa tonalité. La chanson ne disait rien, ne promettait rien, mais déjà on sentait qu’elle contenait tout. Je n’avais rien compris aux paroles, évidemment — personne hors d’Islande ne comprend jamais les paroles de Sigur Rós, pas même eux des fois, paraît-il. Mais j’avais reconnu la mer. Et quand elle s’est achevée, cette chanson, après avoir déversé sur moi des milliers de vagues, je l’ai relancée aussitôt, comme on rejoue un rêve pour être sûr qu’il a bien eu lieu.
Depuis, Ara Batur est restée là, parmi mes repères vitaux, dans cette constellation intime où cohabitent Leonard Cohen, David Bowie, Björk, le deuxième mouvement de la Septième de Beethoven, et le Pastime Paradise de Stevie Wonder que mon père écoutait en remuant le sucre de son café. C’est mon panthéon à moi, mon petit musée d’émotions certifiées d’origine, où les dieux ont des tremolos et les miracles des reverb.
Un quart de siècle, oui. Ce n’est plus de la fidélité, c’est une forme de complicité tacite. Sigur Rós n’a pas seulement accompagné ma vie — ils lui ont parfois prêté une raison d’être. Et s’il m’arrive encore d’avoir besoin d’apaisement, de colère, ou simplement d’un peu de beauté qui ne demande rien en retour, je sais où aller. Toujours la même adresse : quelque part entre le silence et l’infini.
Je suis fan du groupe, et je ne l’avais jamais vu en concert.
Alors, parce que mon épouse nous avait offert deux billets au dernier Noël, pour être le premier octobre au Royal Albert Hall, je suis parti de chez moi, de mon trou perdu de Dordogne. J’ai laissé tourner Átta sur la platine vinyle, en espérant secrètement qu’à mon retour, la face B aurait trouvé une réponse à la face A. Et je suis monté dans un avion pour Londres. Je me suis rendu au Royal Albert Hall. Cette coupole immense, ce ventre d’ombre et de lumière où le son tourne comme un fantôme à la recherche de son passé ; ces nuages suspendus au plafond, censés apprivoiser les échos et qui ressemblent à des halos d’anges distraits ; ces orchestrations qui montent vers eux, comme si la musique voulait se faire pardonner d’avoir été trop longtemps enfermée sur terre… Tout y est.
J’ai tout retenu du concert. Absolument tout. Pas par mérite, mais par accident d’époque : je n’étais pas accroché à mon téléphone. J’ai laissé la lumière me tomber dessus, la musique me traverser, sans chercher à la stocker dans un nuage numérique. Ce soir-là, je n’ai pas pleuré. J’aurais pu, bien sûr. Mais les larmes auraient dissipé l’attention, et je voulais être là, totalement, jusqu’à la moelle. Alors je suis resté, les coudes vissés dans les genoux, le menton enfoui dans mes mains, concentré comme un enfant qui s’efforce de ne pas bouger dans une église.
À ma gauche, mon épouse écoutait. À ma droite, le siège vide était plein. Plein de visages et de souvenirs. Il y avait là tous ceux avec qui j’avais aimé les disques de Sigur Rós : les amis disparus dans les interstices du temps, les amitiés qu’on a laissées comme on laisse une chanson en suspens, les fantômes bienveillants de nos propres étourderies. Tous s’étaient donné rendez-vous sur ce fauteuil vide, et je sentais leur présence comme on sent un parfum oublié.
Je me souviens de tout. Absolument tout. Pas parce que j’ai une mémoire prodigieuse, mais parce que certaines soirées s’impriment en vous comme un tatouage invisible : on ne peut plus les oublier, même si on le voulait. Mais si je devais ne raconter que deux instants de ce concert, deux éclats dans la nuit, je choisirais celui-là d’abord. Celui qui vous prend par surprise, comme une caresse au moment où vous vous attendiez à un coup de tonnerre.
C’était sur Varðeldur, juste avant l’entracte. La salle entière était suspendue, comme si le silence avait décidé de s’asseoir parmi nous. Et là, Jonsi a fait quelque chose d’aussi simple que bouleversant : il a laissé le chant. Pas symboliquement, pas dans un geste grandiloquent de star qui “partage la scène” — non. Il s’est approché d’un jeune garçon, Malakai Bayoh, frêle, concentré, les mains tremblantes de respect, et il lui a pris la main. Il n’a pas eu besoin de dire un mot. Ce contact valait toutes les bénédictions.
Je ne sais pas si c’était un encouragement, une transmission, ou un flambeau qu’il lui passait, comme on le ferait d’une flamme fragile qu’il ne faut surtout pas souffler trop fort. Peut-être les trois à la fois. Peut-être rien de tout cela. Peut-être juste ce que les adultes oublient : le geste d’un homme qui se retire pour laisser passer la lumière.
Et pendant que je réfléchissais encore à ce que cela voulait dire — car on réfléchit toujours trop, surtout quand le mystère est à portée d’âme — Jonsi s’est éclipsé, discrètement, presque honteux d’avoir existé une minute de trop. Et alors, la voix de l’enfant s’est emparée de la chanson. Oui, “emparée” est le mot, car elle ne s’est pas contentée de la chanter : elle l’a possédée, doucement, comme on possède l’air qu’on respire.
C’était une voix claire, presque insolente de pureté, qui montait au-dessus de nous avec la même certitude que les oiseaux migrateurs trouvent leur nord. Elle n’avait ni l’âge, ni le poids du monde. Elle appartenait à cet instant seul, à cette parenthèse où le monde se souvenait de ce que c’est que la beauté — pas celle des adultes, trop maquillée, trop calculée — mais celle qui tremble, vacille, puis se redresse avec l’orgueil des miracles.
Et moi, là, figé, je ne savais plus très bien si je devais applaudir, pleurer, ou simplement écouter. Alors j’ai fait ce qu’on ne fait plus assez souvent : je n’ai rien fait. J’ai laissé cette voix d’enfant recoudre mes fissures, sans demander de mode d’emploi.
Voilà, c’était ça, Varðeldur. Un passage de témoin, un adieu sans tristesse, une promesse chuchotée entre deux respirations. La preuve qu’il existe encore, parfois, des instants où la beauté ne fait pas que se montrer : elle se transmet.
Et puis, il y a eu Ara Batur.
Je l’ai déjà dit : c’est ma chanson préférée. Ce qui ne veut pas dire grand-chose, parce qu’on dit toujours ça des chansons qu’on n’arrive pas à oublier — les autres, on les appelle juste “musiques qu’on aime bien”. Mais celle-là… celle-là, je l’ai toujours sue impossible à jouer en live. Il y a des morceaux qui ne supportent pas la réalité, comme certains rêves ou certaines promesses de jeunesse. Ara Batur appartient à cette catégorie : pour l’interpréter, il faut plus que du talent, plus que des musiciens, plus que des ingénieurs du son surpayés et des lumières étudiées pour faire pleurer les sceptiques. Il faut une forme d’inconscience. Une foi d’enfant, presque. Et une dose certaine d’arrogance divine.
Même les orchestres qui accompagnent Sigur Rós depuis deux ans — et Dieu sait qu’ils ont tout donné, ces gens-là, jusqu’à leurs coudes dans les archets — n’y suffisent pas. Il en faudrait trois, rien que pour que la musique atteigne ce qu’elle prétend dire. Trois orchestres, cent cordes, mille souffles, et un océan de silence à remplir. Et encore, ce serait peut-être trop rationnel, trop humain. Parce qu’il faudrait aussi une chorale. Pas n’importe laquelle, évidemment : un chœur d’enfants. Rien n’est plus cruel ni plus pur qu’une voix d’enfant quand elle touche à l’infini.
Les adultes, eux, trichent. Toujours un peu. Ils savent ce qu’ils chantent, ils cherchent à “transmettre une émotion”, comme disent les émissions de variétés. Les enfants, eux, ne savent pas encore ce qu’ils font : ils offrent. C’est pour ça que leur chant vous brise — c’est un cadeau qui ne demande rien, même pas qu’on l’écoute. C’est le seul instrument qu’on n’accorde jamais, et qui pourtant sonne juste à chaque fois.
Alors s’il y a une chanson que je n’attendais pas, c’était celle-là. J’en avais rêvé, bien sûr, mais comme on rêve de revoir un ami disparu (et c’est un peu le sujet de la chanson) : on ne s’y attend pas vraiment. Et puis, dès les premières notes, j’ai compris. Ce n’était pas une chanson : c’était une promesse. Mieux encore, un défi lancé au ciel. Parce que très vite, l’orgue du Royal Albert Hall allait entrer en scène.
L’orgue. Ce monstre immobile, planté là depuis l’époque où l’Angleterre croyait encore à Dieu, et qui, soudain, se réveille. Majestueux. Inutile. Indispensable. Quand il entre dans Ara Batur, on ne sait plus très bien si c’est le son ou le sang qui circule. On ne sait plus s’il faut pleurer, se taire, ou simplement consentir à être traversé. L’orgue, c’est la part de la musique qui vous regarde jouer. C’est elle qui, depuis le fond de la nef, murmure à tous les autres instruments : “Tu crois que tu fais de la musique, toi ? Regarde.”
L’orgue, c’est un instrument qu’on rêve avant de l’entendre. On le fantasme comme une promesse d’absolu. On croit le connaître à travers des disques mal enregistrés, où le son ressemble à une plainte coincée dans un tuyau, ou à la télévision, quand un organiste en chemise amidonnée s’échine sur la Toccata et fugue en ré mineur de Bach dans une cathédrale vide. Mais ça, ce n’est pas l’orgue. C’est son fantôme. Son alibi bourgeois.
Moi, l’orgue, ça a toujours été autre chose. Avant ce soir-là — et il faut désormais dire avant, parce qu’il y a un avant et un après — l’orgue, pour moi, c’était la Symphonie n°3 de Saint-Saëns. Celle qui m’avait donné envie d’écrire. Ce déferlement de feu et d’harmonie, cette manière qu’a la musique d’y exploser la raison, comme une cathédrale qui prend feu en plein requiem. C’était aussi Neon Bible d’Arcade Fire enregistré dans une chapelle, moi émerveillé par la démesure sonore, par cette certitude qu’un instrument aussi vaste ne devrait servir qu’à dire l’indicible. Et puis il y a mon personnage, dans le livre que j’essaye d’écrire. Lui aussi rêve d’un orgue. Il est persuadé que c’est le seul instrument capable de porter la beauté de sa musique, de la contenir sans qu’elle explose. Il n’a pas tort. Mais il ne savait pas encore à quoi il s’exposait. Personne ne le sait avant d’y être confronté. Parce qu’un orgue, ça ne se joue pas : ça se confesse.
Et ce soir-là, à Londres, devant ce colosse de bois et de cuivre, j’ai senti qu’on ne pouvait plus rien ajouter. J’ai compris que Ara Batur n’était pas seulement une chanson, mais une prière profane. Une façon de rappeler au monde qu’il existe encore des sons capables de rendre les dieux jaloux.
Depuis j’ai traversé une mer pour rentrer chez moi, comme on revient d’un rêve qu’on ne peut pas raconter sans le trahir. Londres s’est effacée peu à peu derrière le hublot, et la Dordogne s’est rapprochée, fidèle à elle-même, avec ses champs dociles et ses routes qui ne m’attendaient pas. Mais tout en moi sonnait encore. L’orgue du Royal Albert Hall vibrait dans mes os comme un secret trop grand pour la chair. Il n’y a pas de frontière pour ce genre de résonance : elle se loge dans la moelle, elle s’y installe, elle refuse de partir.
Six jours plus tard, j’entends encore le souffle des tuyaux, la clarté du chœur, les vibrations de l’air. Ce n’est plus un souvenir, c’est une fréquence. Elle s’accorde à tout ce que je vis depuis, à chaque silence, à chaque marche dans la cuisine, à chaque bruit de tasse. C’est ainsi qu’on comprend qu’on ne finit jamais d’écrire une chanson. On la continue autrement, à d’autres moments, dans d’autres lieux. On la transpose dans la vie, comme une modulation imprévue.
On croit qu’une chanson se termine quand les musiciens s’en vont, quand le bras mécanique se lève du vinyle, mais c’est faux : elle passe simplement dans nos nerfs, nos phrases, nos gestes. Elle s’écrit ailleurs, à travers nous. Parfois dans le silence, parfois dans la fatigue, parfois dans la voix d’un autre. Celle qu’on laisse chanter à sa place, juste avant l’entracte.
*********
Sometimes, reading the comments from people leaving a Sigur Rós concert feels like walking into a group therapy session for lost souls. They cry — not cinematic tears for social media, but tears of decompression, the kind that leak out when life finally loosens its grip. They write like they’re confessing: clumsy, trembling, and unsure why they’re crying — as if why still mattered where everything becomes possible again.
And I believe them. Not out of naïveté, but because we need places where we can cry without a therapist or a mindfulness app decoding the reason. Because emotion should not always be a symptom. Sigur Rós’s music doesn’t lift you up; it lets you lift off. It doesn’t soothe; it pierces. It’s not consolation — it’s absolution. For a few minutes, gravity resigns. You can almost imagine Newton chuckling somewhere, his apple refusing to fall. This is what their music does: it makes you lighter without lying about the weight of the world.
I’ve loved them for over twenty-five years — long enough for a few wars, a couple of heartbreaks, and one enduring love. Twenty-five years is a lifetime when you use it to build your inner soundtrack. Sigur Rós has always been there, like an old, loyal dog that keeps lying at your feet when everything else collapses. Their music has been a bandage, a breathing machine, a quiet murmur between breakdowns. They never judge. They simply place harmony where words no longer fit. Some artists you admire; others adopt you. These Icelanders understand that everyone carries a winter inside, and sometimes you just have to let the snow fall.
There were moments when their music existed on its own, unburdened by my anxieties — those rare instants of pure listening, as scarce as silence in a supermarket. That, perhaps, is the closest thing to faith: listening without needing to understand.
I remember the milestones. Seeing Glósóli on Vimeo back when we still believed the internet could save poetry — children running toward a cliff and flying, proof that some metaphors deserve to take off. Then, one summer in 2008, came Ara Batur: hesitant notes, as if the world were still finding its key. I understood nothing of the words — who does? — but I recognized the sea. When it ended, I replayed it immediately, like a dream you need to verify.
Since then, Ara Batur has lived among my vital coordinates — alongside Cohen, Bowie, Björk, the second movement of Beethoven’s Seventh, and Stevie Wonder’s Pastime Paradise, which my father stirred his coffee to. My personal pantheon: gods with tremolo, miracles with reverb.
But I had never seen them live. Then my wife gave me two tickets — October 1st, Royal Albert Hall. I left my little corner of Dordogne, Átta spinning on the turntable, secretly hoping side B would answer side A before I returned, and I flew to London. The Hall is a vast belly of shadow and light, with sound swirling under its dome like a ghost chasing its past. Acoustic clouds hang from the ceiling like distracted halos; the music climbs toward them as if seeking forgiveness for ever being earthbound.
I remember everything, not from virtue but because I wasn’t staring at a phone. The light fell on me, the music passed through. I didn’t cry — tears would have blurred the focus. I sat still, elbows on my knees, chin in my hands, listening with the discipline of a child in church. To my left, my wife; to my right, an empty chair full of ghosts — friends long gone, old loves left mid-song, the kind faces of my former selves. That seat was occupied by everyone I’d ever shared these records with.
If I had to choose just two fragments from that night, the first would be Varðeldur, right before intermission. Jónsi did something astonishingly simple: he handed the song to a boy — Malakai Bayoh, small, nervous, trembling — and took his hand. No grand gesture, no speech, just contact. A blessing in the palm. Encouragement? Transmission? A torch passed softly so as not to extinguish the flame? Maybe all of it. Or maybe just what adults forget: how to step aside and let the light through. Jónsi slipped backstage, discreetly ashamed of existing too long, and the boy’s voice took the song — not singing it, but inhabiting it, the way one breathes air. Clear, insolent, unburdened. It had no age, no weight. Beauty doesn’t always perform; sometimes it simply passes through.
The second fragment was Ara Batur. My favorite — though that only means it’s the one that will outlive me. I had always thought it impossible to play live. Some songs, like certain promises, can’t survive daylight. To perform it requires more than talent — it needs faith, recklessness, divine arrogance. Even the orchestras touring with Sigur Rós these past years — saints of exhaustion — wouldn’t be enough. You’d need three of them, a thousand lungs, a sea of silence, and, above all, a children’s choir. Nothing is as pure or as cruel as a child’s voice meeting infinity. Adults try to “convey emotion”; children don’t try — they give. That’s why they shatter you. They’re the only instrument that’s never tuned and always right.
I didn’t expect it. I’d dreamed of it, yes — like dreaming of seeing a lost friend. Then it happened. The first notes, and suddenly the organ of the Royal Albert Hall woke up.
The organ: majestic, useless, indispensable. A monster of wood and brass from the time when Britain still believed in God. When it joins Ara Batur, it’s no longer clear whether sound or blood circulates. The organ is the part of music that stares back at you. It says to every other instrument: “You think that’s music? Watch.”
Before that night, my organ was Saint-Saëns’s Third Symphony — harmony and fire detonating reason like a cathedral ablaze mid-requiem. Or Neon Bible by Arcade Fire, recorded in a chapel — you, amazed by the audacity; me, convinced that an instrument so vast exists only to pronounce the unspeakable. And there’s my novel’s character, dreaming of an organ that can contain his own impossible beauty. He doesn’t know yet that an organ isn’t played — it’s confessed.
That night, I knew nothing more could be added. Ara Batur had become a secular prayer, proof that sounds still exist capable of making the gods jealous — and briefly, mercifully, wrong.
Then the concert ended, and I crossed a sea back home — like waking from a dream you can’t retell without betraying it. London receded through the window; Dordogne returned, patient, with its obedient fields and roads that hadn’t missed me. Yet everything in me still resonated. The organ hummed in my bones like a secret too big for flesh. Resonance has no border: it settles in the marrow, refuses to leave.
Six days later, I could still hear it — the breath in the pipes, the clarity of the choir, air itself trembling. It’s no longer a memory; it’s a frequency, tuning itself to the everyday: each silence, each clink of a cup. That’s when you learn a song never ends when the musicians leave. It migrates — into nerves, gestures, sentences. You continue it elsewhere, in another room, another time, maybe even through another voice.
The one you let sing in your place, just before the interval.
Incredible night, difficult to forget.
I am still listening to my videos from that evening. The children singing were so powerful and at the same time full of grace. Lots of contracts beautifully balanced, from beginning to end, lights included. I came along and ended up talking to the person close to me, he mentioned his daughter suffering of chronic pain among many other things. It was a beautiful interaction, and this concert was the best artistic experience I had in my life.
I have loved the music for many years now, but my wife keeps saying “I just don’t get it” 😣. So we had an overnight stay in London and when the rousing crescendo of Ára bátur happened, my wife turned to me and said “I get it, I love it”. Tak
it’s been over a month and I feel like this concert hasn’t left me yet – it has this lingering power over me and by reading all the reviews, seems like I’m not alone… TY so much for this tour – really hope a concert movie and live LPs are in the plans.
What a beautiful concert. I struggled the following two days as you were still playing Royal Albert Hall and I wanted to go again. I just wished I could be there again
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